La carte de Cassini


     La carte de France dite Carte de Cassini doit son nom à une lignée d’astronomes et de géographes d’origine italienne qui s’installent en France à la fin du XVIIe siècle.
   C'est Louis XV qui, impressionné par le travail cartographique réalisé en Flandre, demande à Cassini III de dresser une carte géométrique du royaume de France : une oeuvre scientifique de grande ampleur !
   Quatre générations de Cassini se sont succédées sur un demi siècle. Commencées dans les années 1760, les levées cartographiques se terminent en 1789. La publication retardée par les évènements révolutionnaires ne sera achevée qu’en 1815.

Avancées scientifiques et techniques

Partie de la feuille 49 (Nevers), levée entre 1754 et 1758
Partie de la feuille 49 (Nevers), levée entre 1754 et 1758
   Les ingénieurs recrutés par Cassini parcourent le terrain pour déterminer par triangulation (1) les distances entre des points remarquables ou des points élevés du paysage comme les clochers, les tours, les châteaux ou les collines. Les coordonnées géographiques sont donc précisément calculées avec des instruments tels que le graphomètre à lunettes.
   En revanche le tracé des routes et des rivières est dessiné et le relief esquissé.

   Les ingénieurs doivent posséder un minimum de connaissances en géométrie. Ils sont formés sur le terrain : on leur apprend à résoudre les problèmes liés aux opérations de visées servant aux triangulations.
Si le travail de collecte d’informations est primordial, Cassini III ne néglige pas pour autant la forme. Il comprend que s’il veut diffuser son oeuvre il faut que le dessin soit agréable et la gravure de qualité.

   Comme les ingénieurs les plus instruits ne sont pas forcément ceux qui dessinent le mieux, il demande que la carte soit «disposée avec une sorte de goût et de netteté pour donner une bonne impression».
Il recrute donc des graveurs auxquels il fournit des modèles : graveurs de plans pour la partie topographique, graveurs de lettres pour la partie toponymique. La gravure des lettres est d’une grande importance car la toponymie est parfois abondante et serrée.

La France vue d'en haut

   Première vision d’ensemble du Royaume, l’occupation du sol peut être comme «vu d’en haut». La grande variété des symboles présents dans la légende en témoigne.
La carte de Cassini demeure donc une source intéressante aussi bien pour les historiens que pour les généalogistes.

   D’abord parce qu’il s’agit de la première carte géographique couvrant l’intégralité de la France du 18e siècle.
   Ensuite parce qu’elle contient une grande richesse d’informations et de détails parmi lesquels :

• les routes, les chemins, les ponts, les canaux...
• les rivières, les étangs, les bois, les marais, les vignes...
• les paroisses, les églises, les chapelles, les cimetières, les croix, les abbayes...
• les hameaux, les châteaux, les auberges...
• les moulins, les forges, les scieries, les carrières, les mines...

   C’est aussi la première grande enquête toponymique au plan national. Les formes des toponymes proviennent des usages locaux. En effet, les ingénieurs ont reçu pour mission de travailler, pour leur collecte, avec les habitants (le plus souvent, les curés et les seigneurs) des lieux cartographiés.
   Et, chose précieuse pour les historiens, un même lieu est parfois désigné selon ses différentes appellations de l’époque. Idéal pour retrouver les hameaux où vivaient nos ancêtres !
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(1) La triangulation est le processus qui permet de déterminer une distance en calculant la longueur de l'un des côtés d'un triangle, et en mesurant deux angles de ce triangle.

Pour en savoir plus

►BH 3118 Les Cartes des Cassini : la science au service de l'Etat et des régions / Monique Pelletier


►Site Web : http://cassini.ehess.fr